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Les masques : le recouvrement de notre vraie identité

Il n’est pas rare qu’un homme se pose la question : « qui suis-je vraiment ? » Car la célèbre invitation « Connais-toi toi-même » n’est pas absente de nos esprits, loin s’en faut. Mais le problème, c’est que nous portons souvent des masques.

Et donc, nous ne savons pas bien répondre à la question « qui suis-je ? » Et c’est peut-être normal, dans un sens, puisqu’il faut sans doute toute la vie pour bien y répondre. Malgré tout, cette question est plus difficile qu’elle n’en a l’air. Parce qu’il ne suffit pas de dire ce que nous faisons, d’où nous venons et ce que nous aimons pour y répondre. Il s’agirait plutôt de dire ce que nous portons au plus profond de nous-mêmes, ce qui nous donne de la vie. Et ce n’est pas si simple.

L’assimilation des masques

Pour être soi-même, suffit-il d’une bonne dose de lucidité sur soi et de retirer délibérément son masque afin de le poser à côté une fois pour toutes ? Ce serait trop simple.

D’une part, un homme ne quitte pas son masque sur simple commande. Ça ne peut évidemment pas être comme à Carnaval. Ce jour-là on met son masque le matin en toute liberté et on le déposera le soir avec la même liberté, sans peine aucune.
Ce n’est pas, « Cette année je suis le beau gosse, l’année prochaine je serai le mec sûr de lui, l’année suivante le baba-cool, et après, le mec bien sous tous rapports ».
Et le soir, en quittant ses oripeaux, on ne se dit pas : « ça y est, je redeviens moi-même. »
Tout simplement parce qu’avec le temps, on a l’impression que les masques, c’est nous. Et on ne sait donc plus vraiment ce qu’on doit enlever ou pas. En outre, le geste de le mettre et de l’enlever est devenu totalement inconscient. On ne se rend donc plus compte du moment où le masque apparaît.

Et d’autre part, on n’a pas qu’un seul masque à disposition. Mais toute une panoplie. Et parfois, ils se superposent gentiment. Masque de rejet, masque de dureté ou de violence, masque d’insensibilité, masque de rationalité ou de rigidité, masque de douceur ou de victime, masque d’abandon ou de trahison… On les empile, on joue avec eux, avec une telle aisance et familiarité qu’on ne se rend plus compte de rien. Ils sont devenus « nous » en apparence.

Pourquoi des masques ?

Mais plus encore, le vrai problème, qui nous empêche de les quitter facilement, c’est la raison-même de leur présence : les blessures qu’ils cachent. On n’a pas commencé à les mettre un beau jour par simple convenance ou par plaisir. Mais plutôt pour couvrir des blessures douloureuses ou pour cacher des peurs. Peut-être parfois aussi par mimétisme.

La fonction essentielle des masques est de protéger des blessures. Que ce soit une expérience vécue comme un abandon, comme un rejet, comme une faiblesse intolérable… Et chaque fois qu’un évènement, une parole, une situation  rappelle celle qui a provoqué la blessure, le masque se met automatiquement en place. S’il a protégé une fois, s’il a permis de ne pas ressentir la douleur, il protégera bien une seconde fois ! Pas si sûr en fait, et c’est même parfois le contraire, mais c’est bien comme ça que le cerveau réagit. Parce que l’automatisme est en place, une stratégie inconsciente de non-souffrance s’est installée.

On ne quitte donc pas un masque du jour au lendemain.
Et avec tout ça, on comprend bien que savoir qui on est une vraie gageure. Parce qu’on a fini par ne plus savoir ce qui relève de masque et ce qui n’en relève pas.

Le travail de dépose

Il n’y a qu’un long et patient travail intérieur qui permette d’apprendre à déposer les masques et de laisser émerger le vrai moi.

Ce travail commence par un repérage progressif de tous les comportements automatiques, des moments d’inconfort, des façons de réagir qui ne sont pas paisibles, des pensées qui viennent toutes seules et qui perturbent.

D’une certaine manière, on pourrait dire que cette mise en place d’automatismes par les masques serait un jeu de l’ego. (De manière plus prosaïque il s’agit plus certainement de fonctionnements automatiques du cerveau). L’ego veut protéger et possède à sa disposition une panoplie de masques. Et comme il fait redoutablement bien son travail, il les utilise avec une habileté et une rapidité désarmante.

Le travail de repérage évoqué permet ensuite de mettre l’ego à distance, comme s’il était un bon allié mais un allié qui en fait parfois un peu trop. On peut alors le congédier avec politesse, reconnaissance, mais aussi avec un peu d’humour. Lui demander ce qu’il veut protéger, les besoins auxquels il répond. Cela permet en effet de faire diminuer progressivement son emprise. Parce qu’on comprend alors son intention, son rôle, ce à quoi il répond, mais on choisir de réagir à cette situation et à ce besoin d’une autre manière. D’une manière qui va obliger à affronter l’inconfort mais qui sera plus vraie. C’est ce travail de mise à distance qui permet d’apprendre à déposer les masques et de guérir des blessures qu’ils recouvrent. En les laissant à nu, en les affrontant, celles-ci pourront guérir doucement.

Tout commence par ce repérage, par ce travail de clarté, par cette mise à distance de soi-même.

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