Etre trop cérabral

Pourquoi j’ai arrêté de vivre hors de mon corps

Tout ne monde ne vit pas au même endroit.

Je me souviens particulièrement d’une fois, quand j’étais en classe prépa, où, assistant à un office religieux, j’étais totalement absent. Le problème de maths que je devais résoudre pour mon devoir à la maison continuait de tourner tout seul dans ma tête. Sensation extrêmement forte d’être enfermé dans ma tête, de n’être rien d’autre qu’un cerveau pensant.
Je n’oublierai jamais cette expérience de dissociation.

Tout ne monde ne vit pas au même endroit. Moi, j’ai vécu pendant longtemps essentiellement dans ma tête. Une tendance masculine sans doute, exacerbée chez moi.

Le présent n’existe pas

Être très cérébral, c’est une force dans de nombreuses situations. Parce qu’on y trouve de la stabilité, du recul, de l’objectivité, de la maîtrise.

Mais il y a un prix à cela.
Car on vit plus difficilement dans le présent. Un peu dans le passé peut-être, à analyser les choses qui se sont déroulées. Et beaucoup dans le futur. À prévoir, à anticiper, à calculer, à préparer la prochaine action à faire.

Le présent n’existe donc pas pour quelqu’un de trop cérébral. Parce que le présent ne se prête pas à l’analyse. À l’instant même où il devient sujet d’analyse, il devient quelque chose d’extérieur. Alors il glisse vers le passé puisqu’il faut pouvoir comprendre et classer les choses, ou, plus souvent, il entraîne vers de nouvelles projections futures.

Quand on vit trop dans sa tête, le présent passe sans qu’on le vive vraiment.

Les émotions n’existent pas

Tout cela s’explique par une connexion très faible aux émotions, au ressenti, à l’intuition. Il n’y a guère d’autre place que pour l’analyse.
C’est la raison pour laquelle le présent passe inaperçu. Car seul le ressenti capte le présent.

C’est alors tout un monde qui échappe, celui de la présence.
Les émotions offrent une vraie présence. Elles ouvrent des relations d’une autre nature. La tête, elle, ne laisse pas passer les choses avant de les avoir classées. Seul l’émotionnel capte l’instant fugitif.

Beaucoup de choses qu’on vit deviennent alors incompréhensibles. En effet, les autres nous échappent.
Et on peut même devenir étranger à soi-même, en ignorant tout ce monde des émotions.

Mettre une barrière mentale n’est pas difficile. Les émotions n’en sont pas moins là, qui parfois finissent par sortir de manière imprévue. La déstabilisation qui s’ensuit n’en est que plus grande.

Le diktat du devoir

Être dans sa tête, c’est aussi laisser place au « Je dois » et au « Il faut que ». Parce que c’est ce que dit la tête. Le devoir est maître.
Le « Je veux », le vrai, celui qui vient de l’intérieur, n’a pas beaucoup de place.

Qu’advient-il quand on est face à une question pour laquelle on n’a pas la direction, le plan, la solution ? On est facilement démuni, désemparé, bloqué. Car il n’y a pas d’intuition pour guider, pas de « je veux » pour donner une direction claire.
C’est une fragilité de l’homme cérébral, qui peut rester bloqué dans l’incertitude, à attendre le plan.

Cette force du devoir, atout majeur pour la discipline et la persévérance, a cependant une autre incidence négative quand elle est exclusive. Elle crée un terrain favorable pour entrer dans un rôle, installer un masque et se déconnecter de soi. Car elle place le faire avant l’être. Elle écoute l’extérieur avant l’intérieur, préfère la conformité à l’authenticité, et ne supporte pas très bien les passages à vides, les creux.

C’est là que se construit une façade qui enferme, et dans laquelle on peut finir par se perdre et s’oublier.

Faire coexister

Il n’y a pas à enlever cette puissance cérébrale.

Il y a juste à ajouter.
Ajouter des émotions, du ressenti. Ajouter de la présence.

Il y a juste à associer.
Associer les 3 cerveaux : le ventre, le cœur, la tête. La puissance de leur fonctionnement est quand ils sont liés.

Il y a à habiter autrement.
Non pas vivre dans sa tête. Mais vivre dans son corps et son cœur. Et réfléchir à partir de là.

On n’y perd rien, on gagne tout.


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