Le syndrome du dimanche soir

Pendant longtemps, tous les dimanches soirs, c’était la même chose pour moi. Un creux, un petit moment de déprime.
Ce n’était pas parce que le weekend s’était mal passé. Au contraire.
C’était parce qu’il fallait reprendre le lendemain matin. Et je ne me sentais pas très bien à cette idée.

Je ne m’en suis jamais inquiété, je ne me suis jamais posé trop de questions.
Ça m’a suivi pendant mes années de scolarité.
C’était comme ça, il fallait bien continuer. D’ailleurs, tout allait bien dans ma vie, je n’avais pas de raison de ne pas être bien.

Avec du recul, je comprends que ça voulait dire que je n’aimais pas trop ce que je faisais, ce que j’étais.
Et pourtant, je travaillais bien, j’avais de très bon résultats, ça me plaisait de réussir. D’ailleurs, dès que la semaine était relancée, que j’avais le nez dans les cours et les études, je ne me posais plus la question, je faisais ce que j’avais à faire. Et je ne m’autorisais pas à faire grand chose d’autre.
J’arrivais toujours à faire taire ce moment de déprime intérieure pour me remotiver moi-même et reprendre le rythme qui me faisait avancer.

Je réussissais bien, donc je devais aimer les études. A tel point que j’ai été étudiant jusqu’à 30 ans !

Pourtant, ces petits moments récurrents de déprime me disaient une chose : il me manquait quelque chose dans ce rythme de vie. Et je sais que ce qu’il me manquait : c’était du sens.
Pourquoi faire tout cela ?  A quoi ça servait ?
À faire de bonnes études et réussir plus tard. Mais comme je savais que je voulais faire autre chose, ça créait de la dissonance intérieure.
Et pourtant, chaque lundi matin, il fallait recommencer. Le rythme reprenait, se répétait, comme une spirale sans fin qui m’aspirait.

Le syndrome du dimanche soi – ou du lundi matin – c’est exactement ça : cette dissonance entre ce qu’on fait bien et qu’on réussit mais qui manque de sens pour nous, et ce qu’on aimerait faire et dans lequel on voit du sens.

Bien sûr, les psychologues connaissent bien d’autres raisons au « blues du dimanche soir ».
Mais ce qui me questionne, c’est ce sentiment de vivre une vie qui manque de sens. Et pourquoi on se force à continuer.

Bien sûr, il y a le devoir de travailler, d’assurer les bonnes conditions matérielles. Et on ne peut pas tout arrêter d’un coup en raison d’une petite crise existentielle.
Mais en même temps, il n’y a pas de raison que le travail soit source de déprime. Pourquoi devrait-on faire quelque chose qui ne nous rend pas heureux ? Et je ne parle pas des conditions de travail en entreprise. Il s’agit ici du sentiment d’être en adéquation ou pas avec ce que l’on fait.

Certains diront qu’ils n’ont pas le choix, qu’il faut assurer la vie matérielle. Surtout quand on a femme, enfants, crédit pour la maison. Mais est-on sûr qu’on n’a vraiment pas le choix ? Est-ce qu’on s’autorise au moins à regarder ailleurs, ou cela fait-il trop peur ?
Beaucoup réussissent à travailler dans quelque chose qui leur plaît et qui a du sens. Pourquoi serait-ce réservé à quelques uns ?

Le syndrome du dimanche soir invite au moins à une chose : s’interroger.
Plutôt que de laisser la place au blues, l’idéal est de se donner un petit temps de réflexion :
Qu’est-ce qui me manque dans ce que je vis ?
Qu’est-ce qui ne me comble pas vraiment dans mon rythme de vie ou mon travail ?
Est-ce que je porte en moi un vrai rêve que je repousse toujours parce que je me dis toujours qu’il n’est pas sérieux ?

Peut-être qu’il n’y a qu’une petite chose à ajuster. Et peut-être que c’est le moment de penser à changer d’orientation professionnelle. Et à écouter le rêve en soi. Sinon, le risque est de traîner longtemps ce blues du dimanche soir. Ce n’est pas bien grave, beaucoup l’ont. Il n’est pas agréable, mais ça passe vite. Mais parfois cette dissonance s’amplifie. Alors il est peut-être temps de s’autoriser à changer. Pas n’importe comment, pas en faisant n’importe quoi. Mais en construisant quelque chose d’autre de sérieux et plein de sens.

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